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Chroniques Nomades
Auxerre 2017

Pour sa deuxième édition à Auxerre, Chroniques Nomades investit à nouveau ce haut lieu historique qu’est l’abbaye Saint-Germain. Ce festival dédié à la photographie DU voyage y met en perspective des œuvres de photographes qui ont fait de celui-ci la condition même d’un regard authentique sur l’Autre, sur eux-mêmes, sur notre culture et notre monde.
La dizaine d’auteurs ici réunis se partagent autour de deux pôles : l’un, géographique, nous entraîne vers l’Extrême-Orient et l’Afrique, deux régions qui n’ont cessé d’inspirer les photographes depuis le xixe siècle. Le second rassemble des « voyages imaginaires » de photographes partis en quête d’un temps tantôt révolu, tantôt n’ayant jamais existé, ou qui créent de toute pièce un monde lointain et fictif.
En dépit de la globalisation et de l’uniformisation mondiale, l’Extrême-Orient semble avoir gardé son pouvoir de fascination. Orient Extrême rassemble trois auteurs aux visions bien différentes mais qui témoignent toutes de ce tropisme. Ainsi, Anita Andrzejewska, jeune photographe polonaise jamais exposée en France, nous invite-t-elle, avec Slowly, à une errance contemplative et poétique à travers la Birmanie, le Laos et la Thaïlande. Mettre en lumière l’invisible est aussi le propos de Flor-Aël Surun dans sa série Les 10 000 esprits, lorsqu’elle photographie les danses des chamanes coréens, tentant de capter l’essence de leur pouvoir et de leur énergie. Quant à Jean-Pierre Favreau, il photographie depuis plus de trente ans les grandes villes du globe. Les Passagers qu’il prend en filature dans les rues de Tokyo ou d’autres cités japonaises semblent cernés par la solitude et prêts à s’absenter du monde.
Les Afriques, ce sont celles qui coexistent aujourd’hui en divers points du continent : celle, traditionnelle des peuples de pasteurs nomades Mursi et Surma qui maintiennent un mode de vie séculaire sur le haut plateau éthiopien et qu’a rencontrés Gilles Perrin ; celle, nocturne, et bien actuelle, des grandes villes de la République démocratique du Congo dans lesquelles s’est immergée la cinéaste et photographe camerounaise Osvalde Lewat pour réaliser Congo couleur nuit.
Partir sur les traces d’un écrivain, d’un héros, d’un mythe, ou pratiquer le voyage en chambre sont autant de voyages imaginaires. Ainsi Flore, avec Lointains souvenirs, tient-elle un carnet de voyage en pays rêvé : une quête nostalgique de la Cochinchine où Marguerite Duras passa sa jeunesse. Michaël Duperrin, avec Odysseus, un passager ordinaire, a mis ses pas dans ceux d’Ulysse, tentant de recueillir dans la réalité présente des correspondances avec le monde du mythe grec. François Louchet, lui, est parti à la recherche de Dersou Ouzala, héros du roman de Vladimir Arseniev et le célèbre film d’Akira Kurosawa. C’est dans sa Normandie natale qu’il restitue le passage des saisons sur une taïga imaginaire, Enfin, c’est chez lui, dans son studio, que Gilles Boudot élabore Les Grands Rangements, des paysages maritimes, des vues de ports inspirées des tableaux de Claude Lorrain, réalisés à l’aide d’objets communs, reconnaissables, et qui pourtant acquièrent un pouvoir onirique.
Enfin, un hommage, dédié cette année à la photographe Sabine Weiss, nous conduit en Bulgarie. Avec cette traversée montrée pour la première fois en France, elle nous livre une chronique de la vie quotidienne dans une campagne hors du temps.
Malgré le flux des millions d’images scintillantes venues de toutes les parties du globe et qui nous sollicitent en permanence, il est encore une place pour le témoignage, la rencontre, la poursuite d’un rêve à l’autre bout du monde ou sans quitter sa chambre.

Claude Geiss
Directeur artistique de festival