Le festival a lieu du 14 juillet au 28 août 2011 à Honfleur.
Prendre la mer a été durant des siècles le moyen exclusif des voyages lointains. Même si aujourd’hui le bateau n’est plus le principal vecteur du dépaysement, naviguer reste dans notre imaginaire étroitement associé à la découverte, à une expérience irremplaçable de l’espace et du temps. Toute traversée, fût-elle celle d’un bras de mer ou d’un lac, procure un parfum d’aventure dès que les amarres sont larguées. En centrant sa thématique sur la mer, cette quinzième édition du festival Chroniques Nomades se propose de faire retrouver ce parfum à ses visiteurs, d’explorer l’étrange fascination que la mer exerce sur les hommes.
C’est entre 1910 et 1913 que le capitaine Robert Falcon Scott, qui devait périr au cours de sa mission, entreprit l’exploration du pôle Sud. Les photographies de cette expédition qui se déroula dans des conditions extrêmes furent réalisées par le Britannique Herbert G. Ponting,
L’exposition The Terra Nova Expedition nous permet de découvrir l’aventure épique de ces pionniers à travers les subtils tirages au platine réalisés à partir des plaques conservées au Scott Polar Research Institute de l’université de Cambridge. Autre expédition, quelques siècles plus tôt, dans cette même région du globe, celle de Magellan à la recherche en 1520 d’un passage qui relierait l’océan Atlantique à celui qui ne s’appelait pas encore Pacifique. C’est un hommage au grand navigateur portugais, et, plus discrètement, aux populations autochtones qui vivaient sur la Terre de Feu, que nous propose Gilles Crampes. Ses vastes panoramiques évoquent cet instant historique et comme suspendu de la première vision des côtes d’un nouveau monde.
Pour les foules estivales, la mer, c’est d’abord la plage, lieu symbolique de l’accès aux vacances, ce cérémonial migratoire des pays développés. La Chine n’échappe pas à ce phénomène économico-culturel comme le constate François Fontaine qui est allé à la rencontre des Chinois à la plage. Plus près de nous, en s’immergeant dans le flot humain qui submerge une plage espagnole un 15 août, Olivier Nord nous livre une multitude de scènes simultanées qui se répètent à perte de vue, reflet à la fois drôle et terrifiant d’une matière humaine disloquée et d’une uniformité programmée. Marc Dumas, lui, s’est employé à vérifier le théorème bien connu : tout corps (de baigneur) plongé dans l’eau en reçoit une déformation imprévisible et toujours surprenante qui le métamorphose.
Le littoral français constitue un univers culturel fait de stéréotypes largement popularisés par l’industrie du tourisme. À l’aide de personnages masqués, Marc Lathuillière les met en scène pour s’interroger sur leur validité. Avec une démarche également sociologique mais hors de tout cliché, Jean-Noël Reichel tente de cerner l’identité de « l’homme de mer » à travers les portraits décontextualisés de ceux qui sillonnent quotidiennement l’océan ou, plus largement, en vivent.
Mais la côte, c’est aussi la mer en creux : le résultat d’une lutte sans fin entre la roche et l’élément liquide. Au Pays basque, Sabine Delcour s’attarde sur ces « pierres de la mer », Itsas Lurrak en basque, frontière géologique entre deux mondes, pour en donner une vision troublée et troublante où nous perdons nos repères. Quant à Thierry Girard, il tente de cerner le « sentiment atlantique » qu’il éprouva dans son enfance et revécut en parcourant ces « bouts du monde » que sont les côtes du Maroc et celles de l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon.
Milieu naturel, humain, univers culturel, monde rêvé : la mer nous renvoie, à travers ces expositions, quelques-uns de ses reflets, de ses aspects aimables, inquiétants ou exaltants qui, de tout temps, fascinèrent l’homme désireux de connaître ce que lui dissimulait l’horizon.
Claude Geiss